Piano Quintet
21.09.2026 - 20:15
programme
Antonín Dvořák (1841-1904)
Quintette avec piano n° 2 en la majeur, op. 81 (1887)
I. Allegro, ma non tanto
II. Dumka : Andante con moto
III. Scherzo (Furiant) : Molto vivace
IV. Finale : Allegro
PAUSE
Johannes Brahms (1833-1897)
Quintette avec piano en fa mineur, op. 34 (1862-64)
I. Allegro non troppo
II. Andante, un poco adagio
III. Scherzo: Allegro
IV. Finale: Poco sostenuto – Allegro non troppo – Presto, non troppo
Fin du concert : +/- 22:00
biographie
Valère Burnon
Le pianiste Valère Burnon a étudié au Conservatoire royal de Liège et à la Hochschule für Musik und Tanz de Cologne. Il a ensuite perfectionné sa formation à l’Accademia Internazionale di Imola et à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth. Valère Burnon s’est fait connaître lors du Concours Reine Elisabeth 2025, où il a obtenu, en plus du Troisième Prix, les prix du public de Canvas-Klara et de Musiq3. Auparavant, Valère Burnon avait notamment été lauréat du Concours international de piano d’Épinal (2019, Premier Prix), de l’Europäischer Klavierwettbewerb Bremen (2021, Premier Prix) et du Concorso Internazionale di Musica Viotti (Deuxième Prix, 2023). Outre les récitals et les concerts en tant que soliste avec orchestre, Valère Burnon nourrit une affinité particulière pour la musique de chambre, notamment parce qu’il a toujours pratiqué le violon en parallèle du piano. En 2020, il a sorti chez Azur Classics un premier album solo consacré à des œuvres de Claude Debussy, Sergeï Prokofiev et Sergueï Protopopov. Un an plus tard, l’album Neoteric sort chez Musicaphon, en compagnie du clarinettiste Andreas Hermanski. Depuis 2022, Valère Burnon enseigne la musique de chambre en tant qu’assistant au Conservatoire royal de Liège.
Adam Suska
Le violoniste polonais Adam Suska a étudié à la Buchmann-Mehta School of Music, à l’Université de musique Frédéric-Chopin et à la Scuola di Musica di Fiesole. Il est actuellement Artiste en résidence à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth sous la direction d’Augustin Dumay. En Pologne, il s’est notamment produit avec la Filharmonia Świętokrzyska sous la direction de Marek Pijarowski, la Polish Baltic Philharmonic sous la direction de George Tchitchinadze et l’Orchestre philharmonique national de Varsovie sous la direction de Julian Gilewski. Il est par ailleurs lauréat de plusieurs concours internationaux, parmi lesquels le 15e Concours international de violon Karol Lipiński & Henryk Wieniawski à Lublin (2021, Deuxième Prix), l’International Music Competition OPUS à Cracovie (Grand Prix, 2021), l’International Puławy & the Violin Competition (Grand Prix, 2021) et l’EuroAsia Competition à Tokyo (Troisième Prix, 2021).
Amia Janicki
La violoniste suisse Amia Janicki a étudié à la Musik und Kunst Privatuniversität der Stadt Wien auprès de Pavel Vernikov, à la Haute École de Musique de Lausanne auprès de Svetlana Makarova et à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth auprès d’Augustin Dumay. Lors du Concours international de violon Jean Sibelius 2025, elle a atteint la finale et remporté le prix de la meilleure interprétation de l’œuvre imposée. En 2021, elle avait déjà obtenu le premier prix du Concours international de violon Václav Huml à Zagreb. En tant que chambriste, Amia Janicki collabore régulièrement avec Gilles Apap, Gary Hoffman, Miguel da Silva et François-Frédéric Guy. Elle s’implique également dans des projets interdisciplinaires, tels que le court métrage L’Oiseau (2023, réalisé par Lily Landecy), inspiré de la musique de George Enescu, le ballet Ukiyo-e de Sidi Larbi Cherkaoui ou encore l’opéra de chambre À l’extrême bord du monde de Harold Noben à La Monnaie. À partir de l’année académique 2026-2027, Amia Janicki enseignera le violon à la LUCA School of Arts.
Héloïse Houzé
L’altiste française Héloïse Houzé a étudié au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris auprès de Jean Sulem. Elle a ensuite perfectionné sa formation à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth auprès de Miguel da Silva et suivi le programme d’excellence de l’École normale de musique de Paris auprès de Gérard Caussé. Elle est lauréate de plusieurs prix, parmi lesquels le Grand Prix de l’Académie Ravel 2022 et le deuxième prix du Concours international d’alto Oskar Nedbal 2023 à Prague. Elle a également été sélectionnée pour le Perlman Music Program à New York ainsi que pour deux académies d’été du Verbier Festival. Héloïse Houzé se produit à l’international en tant que soliste et chambriste et est régulièrement invitée à occuper le poste de première altiste, notamment au sein du Belgian National Orchestra et de l’Orchestre de Paris. En 2026, elle a par ailleurs fondé l’ensemble Talismans, un groupe d’une vingtaine de musiciens au sein duquel elle est elle-même active en tant qu’altiste et cheffe d’orchestre.
Jorge Giménez
Le violoncelliste espagnol Jorge Giménez a étudié au Conservatori Superior de Música de les Illes Balears, au Peabody Institute de la Johns Hopkins University à Baltimore et au Koninklijk Conservatorium Brussel auprès de Jeroen Reuling, où il a reçu le Prix Georges Octors de la Ville de Bruxelles. Il a ensuite poursuivi ses études à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth auprès de Gary Hoffman. Au cours de sa formation, il a travaillé avec des violoncellistes tels que Frans Helmerson, Marc Coppey, Jens Peter Maintz, Antoine Lederlin et Sol Gabetta. En tant que soliste, Jorge Giménez s’est produit avec des orchestres et ensembles tels que le Brussels Philharmonic, l’Orquestra Simfònica de les Illes Balears, l’Orquestra Sinfónica do Porto Casa da Música, les Mount Vernon Virtuosi et le Malibran Ensemble. Jorge Giménez s’est également produit dans le cadre de festivals tels que le Deià International Music Festival, le Festival de violoncelle de la Kronberg Academy, le Festival Resonances et le Festival Pablo Casals à Prades. Depuis 2021, Jorge Giménez donne des masterclasses en tant que professeur invité au Conservatori Superior de Música de les Illes Balears.
commentaire
Lors de ce concert d’ouverture de la saison classique à Flagey, le quintette avec piano réuni autour de Valère Burnon propose deux joyaux de la musique de chambre : les quintettes avec piano d’Antonín Dvořák et de Johannes Brahms. La combinaison musicale de Dvořák et Brahms n’est pas fortuite. Non seulement les deux compositeurs étaient plus ou moins contemporains, mais ils se connaissaient également personnellement. Ils vivaient d’ailleurs dans le même État, à savoir l’Empire d’Autriche (à partir de 1867, l’Autriche-Hongrie). Brahms, Allemand de naissance, passa la majeure partie de sa carrière à Vienne, tandis que Dvořák resta fidèle presque toute sa vie à Prague, qui se trouvait elle aussi à l’époque sous la couronne d’Autriche.
Brahms joua également un rôle important dans l’évolution de Dvořák en tant que compositeur. Leurs chemins se croisèrent pour la première fois en 1874, lorsque Dvořák soumit ses œuvres au jury qui attribuait chaque année un prix d’État destiné à soutenir financièrement de jeunes compositeurs prometteurs. Brahms, qui siégeait au jury, contribua à ce que Dvořák obtienne le prix non seulement cette année-là, mais également en 1876 et en 1877. En 1877, Brahms et Eduard Hanslick, critique musical et également membre du jury, prirent contact avec Dvořák par lettre afin de lui témoigner leur estime et de lui proposer leur aide pour faire mieux connaître sa musique. Grâce à l’entremise de Brahms, Dvořák put confier ses œuvres à son éditeur Fritz Simrock, et avec succès : les Danses slaves pour orchestre, première publication de Dvořák chez Simrock, lui permirent de faire une percée auprès d’un public plus large.
Dans les années qui suivirent, Brahms continua également à jouer le rôle de mentor auprès de Dvořák : il recommandait sa musique aux organisateurs de concerts, le présentait à des personnalités importantes du monde musical et allait même, à l’occasion, jusqu’à corriger ses épreuves — une tâche pourtant notoirement fastidieuse. Peu à peu, leur relation évolua vers celle de deux collègues : ils jouaient leurs nouvelles œuvres l’un pour l’autre, échangeaient des idées et servaient ainsi de caisse de résonance l’un à l’autre.
Cette amitié est quelque peu remarquable dans le contexte des tensions politiques qui traversaient l’Autriche au XIXe siècle. Dvořák est souvent associé à l’essor des styles musicaux nationaux, dans lesquels les compositeurs intégraient à leurs œuvres des éléments issus de la musique populaire de leur pays. En Bohême, Bedřich Smetana en fut un pionnier important. Son projet d’une musique savante tchèque revêtait également une dimension politique manifeste. Les Tchèques faisaient partie de l’Autriche, mais, contrairement aux Hongrois, lors de l’établissement de la double monarchie austro-hongroise en 1867, ils n’avaient pas obtenu leur propre partie de l’État dotée d’une large autonomie. En développant une musique savante « nationale », les Tchèques espéraient donc maintenir vivant l’idéal d’une nation propre, même en des temps politiquement difficiles.
Le rapport de Dvořák au nationalisme lui-même était loin d’être univoque. S’il puisait certes une grande partie de son inspiration dans la musique populaire bohémienne et, plus largement, slave, son langage musical était en même temps profondément enraciné dans la tradition germano-autrichienne de Beethoven, Schumann et Brahms. Lui-même considérait d’ailleurs sa musique davantage comme slave que spécifiquement tchèque. La musique populaire semble avoir constitué pour lui avant tout une source d’inspiration mélodique et rythmique, plutôt qu’un message politique explicite.
Cela n’empêcha toutefois pas sa musique d’être souvent reçue comme telle : le public du XIXe siècle ne demandait en effet qu’à entendre des éléments « tchèques » ou « slaves » dans sa musique. Pour les nationalistes tchèques (et autres), le succès international de Dvořák confirmait la valeur de leur propre culture ; tandis que les mêmes mélodies et rythmes de danse séduisaient le public d’Europe occidentale comme des couleurs « exotiques » venues d’Europe centrale. Qu’elle fût véritablement nationaliste ou non, cette réception équivoque ne fit que contribuer à la large diffusion internationale de la musique de Dvořák.
Antonín Dvořák, Quintette pour piano en la majeur, op. 81
Dvořák composa son Quintette pour piano en la majeur en 1887, à un moment où il approchait de l’apogée de sa renommée internationale. Il avait initialement l’intention de remanier son Quintette pour piano n° 1, écrit quinze ans auparavant, mais, au cours de ce travail, tant d’idées nouvelles lui vinrent qu’il rédigea en quelques semaines une œuvre entièrement nouvelle. Cette inspiration lui vint peut-être de l’environnement dans lequel il se trouvait : Dvořák composa en effet le quintette lors d’un séjour dans sa maison de campagne à Vysoká. Chaque note respire ainsi l’atmosphère lumineuse et vivante de la campagne.
L’inspiration puisée dans la musique populaire est particulièrement audible dans les deuxième et troisième mouvements. Tous deux portent le nom d’une forme de danse slave, respectivement « Dumka » et « Furiant », mais ces appellations semblent n’avoir été ajoutées à la partition que plus tard. La musique ne suit d’ailleurs pas tout à fait les caractéristiques traditionnelles de ces deux danses. Le caractère « slave » du quintette réside donc plutôt dans les mélodies lyriques, les harmonies colorées et la vitalité rythmique, inscrites dans une forme classique limpide.
Au début du premier mouvement, le violoncelle introduit une mélodie tendre et pleine de vie qui donne immédiatement le ton du reste du mouvement : tour à tour lyrique, énergique et jubilatoire. La « Dumka » qui lui succède dans le deuxième mouvement est une forme de danse slave, à l’origine ukrainienne, caractérisée par un tempo lent et un caractère mélancolique et sombre. Dvořák développe dans ses dumkas des contrastes d’atmosphère marqués ; ils prennent ici la forme de mélodies joyeuses et rapides qui alternent avec le thème initial plus typique des dumkas populaires.
Le troisième mouvement, le « Furiant », est une danse populaire bohémienne rapide et joyeuse. Dvořák fait à nouveau contraster les rythmes alertes avec une section centrale plus lente, mais la musique se précipite ensuite vers sa conclusion. Le quatrième mouvement, enfin, constitue un final exubérant dans lequel toute l’énergie vitale de l’œuvre atteint une dernière fois son paroxysme.
Johannes Brahms, Quintette pour piano en fa mineur, op. 34
Comme Dvořák, Brahms s’est inspiré d’une œuvre antérieure pour composer le Quintette pour piano en fa mineur. Entre 1861 et 1862, Brahms composa une première version de l’œuvre pour quintette à cordes, qui fut par la suite détruite, mais cette instrumentation ne le convainquit pas. Il remania la musique en une Sonate pour deux pianos, mais, malgré les éloges de son amie intime Clara Schumann, Brahms ne fut pas entièrement satisfait de cette version non plus. En 1864, il trouva finalement dans l’instrumentation du quintette avec piano une sonorité qui satisfit son oreille perfectionniste. Cette recherche n’est peut-être pas si surprenante, compte tenu des dimensions exceptionnelles du quintette dans sa forme définitive. L’œuvre est animée d’une ambition résolument symphonique : piano et cordes forment ensemble un seul et puissant corps sonore qui porte la musique pendant quelque quarante-cinq minutes.
Cette ambition symphonique est perceptible dès les premières mesures. À l’unisson, les cinq instruments présentent un thème grandiose et dramatique qui instaure immédiatement l’atmosphère de toute l’œuvre. Sur le plan musical, il constitue la source dont tout le reste procède : des motifs dérivés de ce thème unique retentissent constamment dans les différentes parties. Après ce premier mouvement massif, l’« Andante » offre un contraste saisissant. Une mélodie simple oscille constamment entre majeur et mineur et confère au mouvement une atmosphère intime et chantante.
Le « Scherzo », quant à lui, est un jeu sur le rythme. Brahms déroute constamment l’auditeur en faisant s’imbriquer différentes figures rythmiques, sans que cette complexité ne devienne jamais pesante. Dans le final, nous trouvons un dernier parallèle avec Dvořák. Après une introduction lente et mystérieuse, le violoncelle introduit un thème dansant pour lequel Brahms se serait inspiré de la musique populaire hongroise. Comme chez Dvořák, l’atmosphère pleine de vitalité de la musique populaire pousse cette œuvre profondément dramatique vers un point culminant exubérant.