Flagey
Victor Julien-Laferrière + Lucas Debargue
Lyodoh Kaneko + Tim Cavadini

Victor Julien-Laferrière & Lucas Debargue | livret programme

dimanche 28 septembre 2026 | 20:15

programme

Gabriel Fauré (1845-1924)

Sonate pour violoncelle et piano n° 1, op. 109 (1917)

  1. Allegro
  2. Andante
  3. Finale : Allegro commodo

Louis Vierne (1870-1937)

Sonate pour violoncelle et piano en si mineur, op. 27 (1910)

  1. Poco lento – Allegro moderato
  2. Molto largamente
  3. Risoluto – Allegro molto

 

Pause

 

Nadia Boulanger (1887-1979)

Trois pièces pour violoncelle et piano (1914)

  1. Modéré
  2. Sans vitesse et à l’aise
  3. Vite et nerveusement rythmé

Edvard Grieg (1843-1907)

Sonate pour violoncelle et piano en la mineur, op. 36 (1882-83)

  1. Allegro agitato
  2. Andante molto tranquillo
  3. Allegro molto e marcato

Fin du concert : +/- 22:05

biographie

Victor Julien-Laferrière

Le violoncelliste français Victor Julien-Laferrière a étudié au Conservatoire de Paris auprès de Roland Pidoux, puis s’est perfectionné à Vienne avec Heinrich Schiff et à Salzbourg avec Clemens Hagen. En 2017, il a remporté le Premier Prix du Concours Reine Elisabeth. Il s’est produit avec des orchestres de renommée internationale tels que le Koninklijk Concertgebouworkest, le Royal Liverpool Philharmonic Orchestra, le BBC Philharmonic Orchestra, le Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, l’Orchestre de Paris, l’Orchestre Philharmonique de Radio France et le Brussels Philharmonic, sous la direction de chefs tels que Tugan Sokhiev, Philippe Herreweghe, Emmanuel Krivine, François-Xavier Roth et Karina Canellakis. Ses récitals et projets de musique de chambre l’ont mené sur les scènes prestigieuses du Konzerthaus Wien, de la Philharmonie Essen, Tonhalle Zürich et de la Philharmonie de Paris, en compagnie de partenaires musicaux tels que Daniel Lozakovich, Alexandre Kantorow et Jonathan Fournel. Parallèlement, Julien-Laferrière construit sa réputation en tant que chef d’orchestre : il dirige l’Orchestre Consuelo, qu’il a fondé, et a été invité par l’Orchestre national d’Île-de-France, l’Orchestre de l’Opéra de Rouen et l’Orchestre de chambre de Paris. Ses enregistrements lui ont valu de nombreuses distinctions, dont récemment un Diapason d’Or pour son interprétation des concertos pour violoncelle de Dutilleux et Dusapin avec l’Orchestre national de France, publié chez Alpha Classics. Victor Julien-Laferrière joue sur un violoncelle de Domenico Montagnana et un archet de Dominique Peccatte.

Lucas Debargue

De Franse pianist en componist Lucas Debargue volgde een onconventioneel pad. Hij studeerde eerst literatuur en filosofie voordat zijn pianolerares Rena Shereshevskaya hem aanspoorde om zich professioneel aan de muziek te wijden. Zijn internationale doorbraak volgde in 2015, toen hij de vierde plaats behaalde en een speciale prijs van muziekcritici kreeg op het Internationaal Tsjaikovski-concours. Sindsdien staat hij bekend om zijn uiterst persoonlijke interpretaties van een zorgvuldig gekozen repertoire, met een voorkeur voor minder bekende componisten als Karol Szymanowski, Nikolai Medtner en Miłosz Magin. Debargue deelde het podium met gerenommeerde orkesten als London Philharmonic Orchestra, Toronto Symphony Orchestra, Orchestre philharmonique de Radio France en Orchestre national de France en met dirigenten als Vladimir Jurowski, Lorenzo Viotti, Andrey Boreyko en Tarmo Peltokoski. Daarbij was hij te zien in prestigieuze zalen als Musikverein Wien, de Philharmonie de Paris, Wigmore Hall en Carnegie Hall. Tot zijn vaste kamermuziekpartners behoren onder anderen Alexandre Kantorow, Gidon Kremer, Janine Jansen en Martin Fröst. Als componist schreef hij een twintigtal werken voor piano solo of kamerensemble, vaak uitgevoerd met vaste partnerensemble Kremerata Baltica. Debargues gewaardeerde en bekroonde cd-opnames verschijnen exclusief bij Sony Classical, met onder meer het volledige werk voor piano solo van Gabriel Fauré (2024).

commentaire

La connexion française

Les jeunes talents français Victor Julien-Laferrière et Lucas Debargue présentent dans ce programme trois chefs-d’œuvre pour violoncelle et piano composés en France dans les années 1910 par Gabriel Fauré, Louis Vierne et Nadia Boulanger. Pour compléter le programme, les musiciens ont choisi de nous faire entendre la musique du Norvégien Edvard Grieg, l’une des principales sources d’inspiration de la musique française au début du XXe siècle.

Gabriel Fauré, Sonate pour violoncelle et piano n° 1, op. 109 (1917)

Avant que Debussy et Ravel ne donnent une nouvelle orientation à la musique française, Gabriel Fauré en fut le compositeur de proue. On le considère souvent comme une figure de transition : enraciné dans le romantisme, mais développant un langage musical qui annonce déjà les univers sonores novateurs de la génération suivante. Son célèbre Requiem, sa musique pour piano, sa musique de chambre et surtout ses mélodies appartiennent au cœur du répertoire romantique français et ont marqué durablement les générations suivantes.

Sa Première sonate pour violoncelle naît en 1917, en pleine guerre – période étonnamment parmi les plus productives de sa longue carrière. Il avait alors plus de 70 ans et partageait son temps entre la composition et ses lourdes fonctions de directeur du Conservatoire de Paris. Ce n’est qu’après sa retraite en 1920 que Fauré put se consacrer pleinement à la composition et achever les quelques ultimes œuvres de musique de chambre qui couronnent son œuvre.

La Première sonate pour violoncelle en est déjà un jalon : elle appartient au style tardif de Fauré, caractérisé par un idiome dépouillé et un grand sens de la tension. Le premier mouvement, rapide, s’ouvre sur une mélodie capricieuse au violoncelle, soutenue par un motif d’accompagnement inquiet au piano, en alternance avec un second thème plus lyrique. Dans le mouvement lent, on remarque combien la musique de Fauré est organique : la ligne mélodique du violoncelle se poursuit sans interruption tandis que l’accompagnement pianistique alterne presque imperceptiblement entre rythmes binaires, ternaires et quaternaires. Dans le final, vif et animé, les deux instruments dialoguent subtilement : le thème principal est confié au violoncelle mais ses échosse font entendre continuellement au piano.

Louis Vierne, Sonate pour violoncelle et piano en si mineur, op. 27 (1910)

Un nom moins connu de la génération suivant celle de Fauré est celui de Louis Vierne. Né aveugle, il recouvra partiellement la vue grâce à une opération à l’âge de sept ans, avant de la perdre définitivement vers la fin de la quarantaine. Cela ne l’empêcha pas de se forger une grande réputation d’organiste : en 1900, il fut nommé organiste titulaire de Notre-Dame de Paris, poste qu’il occupa jusqu’à sa mort en 1937. Ce qui peut être pris littéralement car il fut frappé par une crise cardiaque en plein récital. Son pied resta posé sur la pédale de mi, qui résonna longtemps encore sous les voûtes de la cathédrale.

Bien qu’il ait connu Fauré et subi son influence, la musique de Vierne se rattache plus directement à l’héritage de son maître César Franck. Tandis que le Fauré tardif cherchait plutôt la clarté et la finesse, le jeune Vierne privilégiait des gestes plus dramatiques et théâtraux dans la tradition du romantisme tardif de Liszt et Wagner. Dans sa Sonate pour violoncelle, cette théâtralité s’exprime à travers de puissants élans expressifs, comme le thème orageux du premier mouvement ou l’entrée percutante du piano dans le troisième. L’influence de Franck se manifeste également par le caractère cyclique de l’œuvre : des références aux thèmes des deux premiers mouvements réapparaissent dans le final. Mais on y entend aussi une délicatesse typiquement française, en particulier dans le mouvement lent, qui progresse par des évolutions subtiles et continues, sans contrastes marqués.

Nadia Boulanger, Trois pièces pour violoncelle et piano (1914)

Nadia Boulanger a entretenu un lien direct avec Fauré et Vierne : elle étudia auprès des deux. Mais elle se fit surtout connaître comme pédagogue, bien plus que ses deux maîtres : dans les célèbres leçons particulières qu’elle donnait dans son appartement à Paris, elle forma des générations de compositeurs, parmi lesquels Aaron Copland, Leonard Bernstein, Astor Piazzolla, Philip Glass ou encore Elliott Carter.

Tout en se forgeant une réputation d’enseignante, Nadia Boulanger mit tôt un terme à sa carrière de compositrice. L’une des raisons fut la mort tragique de sa sœur Lili en 1918, à seulement 24 ans. Déjà peu sûre de ses propres œuvres, Nadia jugeait le talent de sa sœur supérieur au sien, et après sa disparition elle se consacra à la promotion de la musique de Lili. Vers 1920, elle cessa définitivement de composer, laissant à peine quelques partitions pourtant prometteuses.

Les Trois pièces datent de 1914. Les deux premières sont des adaptations de courtes œuvres pour orgue composées trois ans plus tôt – Nadia Boulanger était alors l’organiste suppléante de Fauré à l’église de la Madeleine. La première pièce se distingue par une atmosphère sombre et introspective : une ligne simple de violoncelle plane au-dessus d’un mouvement continu au piano. La deuxième (Petit Canon dans la version pour orgue) conserve une même teinte mélancolique. Les imitations entre violoncelle et piano créent un effet d’écho qui entretient une subtile tension. La troisième pièce tranche avec les deux précédentes par son caractère vif, presque nerveux. On y remarque notamment les pizzicati espiègles du violoncelle et l’usage du rythme irrégulier en 5/8, qui donne un surcroît d’énergie à ce final plein de verve.

Edvard Grieg, Sonate pour violoncelle et piano en la mineur, op. 36 (1882-83)
« La musique française moderne, c’est simplement Grieg plus le prélude du troisième acte de Tristan und Isolde. » Par cette formule, que Maurice Ravel approuva, Frederick Delius souligna un jour l’influence immense d’Edvard Grieg sur la musique française vers 1900. En particulier, la musique de chambre tardive du compositeur norvégien fut une source d’inspiration majeure pour ses collègues français – on considère même que son unique quatuor à cordes a servi de modèle à celui de Claude Debussy.

La musique de Grieg, façonnée par sa formation à Leipzig, s’enracine dans la tradition romantique allemande. Mais au fil de sa carrière, il y intégra aussi des éléments du folklore de son pays, dans l’espoir de contribuer à une véritable école nationale norvégienne. Le résultat est une synthèse singulière, où les harmonies romantiques se marient à des mélodies populaires. Cette simplicité mélodique et ces harmonies colorées inspireront des compositeurs français tels que Debussy et Ravel.

Au moment de composer sa Sonate pour violoncelle, Grieg avait déjà rencontré un succès international avec son fameux Concerto pour piano. Une commande lucrative de son éditeur le poussa alors à écrire plusieurs nouvelles œuvres, dont la suite attendue de ce concerto à succès – qui, finalement, ne dépassa jamais l’état d’esquisses. La Sonate pour violoncelle témoigne pourtant de ce projet : son style extraverti et virtuose trahit l’idée d’un concerto en germe, tangible dès le premier mouvement, qui inclut même une sorte de cadence – une longue section soliste pour le violoncelle, typique d’un concerto. Le mouvement lent se montre au contraire beaucoup plus lyrique, marqué par des harmonies inattendues et colorées, ainsi que par le contraste entre un début intime et des passages plus expressifs. Le dernier mouvement s’ouvre sur une introduction lente et plaintive du violoncelle seul, suivie d’un final animé, gorgé de rythmes de danses norvégiennes.

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