Impressions de Pelléas

Depuis la création de l’unique opéra de Claude Debussy – Pelléas et Mélisande - en 1902, des tonnes d’encre ont coulé au sujet de ce chef-d’œuvre. Mais Debussy n’a-t-il pas affirmé que « La beauté d’une œuvre d’art restera toujours mystérieuse, c’est-à-dire qu’on ne pourra jamais exactement vérifier ‘comment cela est fait’ » ?

Il est néanmoins possible de circonscrire verbalement la pièce de théâtre qui a inspiré Debussy :Pelléas et Mélisande de Maurice Maeterlinck fut créé en 1892 et fait partie de ses pièces symbolistes, qu’il se plaisait à décrire comme un ‘théâtre de l’âme’. Maeterlinck était à la recherche d’une vérité derrière la perception visible, et peignait à cette fin, pressentiments humains et forces mystérieuses de la nature, sur une toile de fond légendaire ( dans ‘Pelléas’ il s’agit du royaume d’Allemonde’). Ces forces de la nature (telle que l’amour et la mort) sont suggérées dans son texte par des images symboliques comme la forêt ou la fontaine.  L’auteur recherche ainsi une expression de l’essence humaine’.

Marius Constant, grand connaisseur de l’œuvre de Debussy et également successeur d’Olivier Messiaen à l’Académie des Beaux Arts’ compose en 1983 une Symphonie Pelléas et Mélisande d’une durée d’une demi heure, dans laquelle les interludes orchestraux de Debussy sont imbriquées les unes dans les autres de manière judicieuse. En 1992 il publie les ‘Impressions de Pelléas’, notre propos d’aujourd’hui : il s’agit d’une version courte ( 95’ au lieu de 150’) de l’opéra du maître, version pour six chanteurs et deux pianistes. C’est avec beaucoup de finesse que Constant a réduit les cinq actes en un seul flux musical – par la suppression de certaines scènes, de nombreuses coupures et quelques déplacements minimes du matériau musical. Sa vision de l’image scénique : « On est dans un salon ’début de siècle’ (…) C’est l’image proustienne de la célèbre photographie qui montre Debussy au piano, entouré de ses amis. » En effet, pendant la phase de création de ‘Pelléas’, Debussy avait coutume d’en jouer des fragments pour son cercle d’amis. En tant qu’auditeur ét exécutant, à travers cette version musique de chambre, nous nous trouvons malgré nous entraînés dans l’origine et l’essence du chef-d’œuvre de Debussy : une ‘musique de l’âme’ dans laquelle nous pouvons vraisemblablement tous reconnaître notre propre Mélisande, Pelléas, Geneviève, Yniold ét Golaud.

Flagey, Klarafestival

Dans le cadre de

Klarafestival 2018