Belcea Quartet & Tabea Zimmermann
02.06.2026 - 20:15
programme
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Quintette à cordes n° 4 en sol mineur, KV 516 (1787)
I. Allegro
II. Menuetto: Allegretto
III. Adagio ma non troppo
IV. Adagio - Allegro
PAUSE
Johannes Brahms (1833-1897)
Quintette à cordes n° 1 en fa majeur, op. 88 (1882)
I. Allegro non troppo ma con brio
II. Grave ed appassionato – Allegretto vivace – Tempo I – Presto – Tempo I
III. Allegro energico - Presto
Fin du concert : +/- 21:50
Ce concert est enregistré par Klara et Musiq3. Il est diffusé en direct sur Musiq3 et sera diffusé le 16 juillet à 20:00 sur Klara.
biographie
Belcea Quartet
Fondé en 1994, le Belcea Quartet s’est imposé au fil des décennies comme l’un des quatuors à cordes les plus remarquables de la scène internationale. Réunissant la violoniste roumaine Corina Belcea, la violoniste coréano-australienne Suyeon Kang, l’altiste polonais Krzysztof Chorzelski et le violoncelliste français Antoine Lederlin, l’ensemble rassemble quatre musiciens d’exception aux parcours artistiques complémentaires. Son répertoire s’étend des grands classiques de Haydn, Mozart et Beethoven aux œuvres de compositeurs contemporains tels que Krzysztof Penderecki, Guillaume Conesson, Thomas Larcher et Julian Anderson. Le quatuor s’est produit sur les scènes du Carnegie Hall à New York, de la Tonhalle Zürich, de l’Elbphilharmonie à Hambourg ou encore du Toppan Hall à Tokyo, et a été ensemble en résidence à la Pierre Boulez Saal à Berlin ainsi qu’au Wiener Konzerthaus. Sa vaste discographie comprend notamment les intégrales des quatuors de Bartók, Beethoven, Brahms et Britten, ainsi que des œuvres de Schubert, Janáček, Schönberg, Chostakovitch et Ligeti. Parmi leurs réalisations récentes figurent des enregistrements des sextuors à cordes de Brahms (2022, Alpha Classics), aux côtés de Tabea Zimmermann (alto) et Jean-Guihen Queyras (violoncelle), ainsi que des octuors à cordes de Mendelssohn et Enescu avec le Quatuor Ébène (2026, Erato). Depuis 2012, le quatuor gère le Belcea Quartet Charitable Trust, qui contribue à l’élargissement du répertoire grâce à des commandes de nouvelles œuvres et soutient parallèlement de jeunes quatuors dans leur développement artistique.
Pour ce concert, Léonard Frey-Maibach remplace exceptionnellement Antoine Lederlin.
Tabea Zimmermann
L’altiste allemande Tabea Zimmermann compte depuis plusieurs décennies parmi les grandes figures de la scène internationale, tant comme soliste que comme chambriste. Elle fait ses débuts à l’âge de onze ans sur la scène de la Philharmonie de Berlin et remporte très tôt de premiers prix lors de concours internationaux à Genève, Budapest et Paris. À seulement 21 ans, elle devient la plus jeune professeure de musique d’Allemagne à la Hochschule des Saarlandes für Musik und Theater. Elle enseigne aujourd’hui encore à la Hochschule für Musik und Darstellende Kunst Frankfurt am Main. Zimmermann a inspiré des compositeurs tels que Heinz Holliger, Wolfgang Rihm et György Ligeti à écrire pour l’alto, contribuant ainsi à l’élargissement du répertoire de son instrument. En tant que chambriste, elle partage régulièrement la scène avec le clarinettiste Jörg Widmann, le pianiste Javier Perianes ou encore le Belcea Quartet. Elle compte également parmi les membres fondateurs de l’Arcanto Quartett, actif jusqu’en 2016. Très sollicitée par les orchestres et les festivals, Tabea Zimmermann a notamment été artiste en résidence auprès du Koninklijk Concertgebouworkest, des Berliner Philharmoniker et du Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks. Depuis 2023, elle préside le conseil d’administration de la Ernst von Siemens Musikstiftung, après avoir reçu en 2020 le prestigieux Ernst von Siemens Musikpreis décerné par cette même fondation.
commentaire
Lors de leur concert à Flagey, le Belcea Quartet et l’altiste Tabea Zimmermann interprètent deux chefs-d’œuvre absolus du répertoire pour quintette à cordes. Avec le Quintette à cordes n° 4 en sol mineur de Mozart, nous entendons l’une de ses œuvres les plus dramatiques, tandis que Brahms illustre, dans son Quintette à cordes n° 1 en fa majeur, sa maîtrise de la musique de chambre.
Le quintette à cordes
Le terme de « quintette à cordes » désigne généralement un ensemble constitué d’un quatuor à cordes auquel s’ajoute un instrument supplémentaire. Le plus souvent, il s’agit d’un second alto, mais parfois aussi d’un second violoncelle ou, dans des cas exceptionnels, même d’un troisième violon ou d’une contrebasse. La parenté implicite avec le quatuor à cordes est toutefois quelque peu trompeuse : l’origine du quintette à cordes se situe en effet davantage dans des genres tels que le divertimento ou la symphonie, deux genres destinés à des ensembles de cordes plus importants. Avant 1780, les compositions pour cette formation étaient d’ailleurs encore fréquemment désignées par des termes tels que « divertimento » ou « sérénade ».
Le premier compositeur à traiter de manière systématique le quintette à cordes comme musique de chambre, sur le modèle du quatuor à cordes, fut Wolfgang Amadeus Mozart. Les six quintettes à cordes qu’il composa, tous écrits pour quatuor à cordes avec alto supplémentaire, donnèrent ainsi le ton aux quintettes à cordes du XIXe siècle. Des compositeurs tels que Franz Schubert, Felix Mendelssohn et Johannes Brahms développèrent ensuite le genre, mais malgré cela, le quintette ne parvint jamais à s’imposer pleinement aux côtés du genre plus prestigieux du quatuor à cordes. Brahms fut ainsi l’un des derniers grands compositeurs à écrire plusieurs œuvres pour cette formation ; à la fin du XIXe siècle, le genre disparut en grande partie de l’avant-plan.
Wolfgang Amadeus Mozart - Quintette à cordes n° 4 en sol mineur, K. 516
Mozart composa le Quintette à cordes n° 4 en sol mineur en 1787, quelques semaines seulement après le Quintette à cordes n° 3 en do majeur. Coïncidence ou non, ce diptyque formé d’une œuvre dramatique en sol mineur et d’une œuvre grandiose et triomphante en do majeur trouva un parallèle un an plus tard dans la Symphonie n° 40 en sol mineur et la Symphonie n° 41 en do majeur (« Jupiter »). Comme dans cette Symphonie n° 40, Mozart construit dans son Quintette à cordes n° 4 un arc de tension tragique et dramatique qu’il n’égale par ailleurs que dans ses opéras.
Cette atmosphère se fait sentir dès les premières mesures : le thème principal fragmenté est d’abord énoncé par le premier violon, puis par le premier alto, au-dessus d’un accompagnement retenu qui n’éclate pleinement que plus tard. En outre, Mozart maintient la tension aussi longtemps que possible dans ce mouvement. Lorsque le second thème, plus souple, apparaît, il demeure d’abord encore dans la tonalité principale de sol mineur et ne module que progressivement vers la tonalité relative majeure attendue de si bémol majeur. Dans le reste du mouvement, les deux thèmes sont développés au sein de passages oscillant entre lyrisme et profonde obscurité.
Dans le thème du deuxième mouvement, un menuet, le lyrisme et l’élégance transparaissent malgré la tonalité mineure, mais plusieurs accords dissonants, irréguliers et véhéments prolongent le caractère dramatique du premier mouvement. Ce n’est que dans la section médiane contrastante, le trio, que la musique module vers sol majeur et que le lyrisme peut brièvement rayonner avant d’être rapidement contenu par la reprise du menuet.
Dans le troisième mouvement lent également, le lyrisme intériorisé du thème principal n’a pas l’occasion de s’épanouir pleinement. Comme si la sonorité du quintette à cordes avec alto supplémentaire n’était pas encore suffisamment sombre, Mozart fait jouer ici les cinq instruments avec sourdine. La musique dégage ainsi de la mélancolie plutôt que de l’espérance, et les brèves irruptions dramatiques de ce mouvement paraissent, grâce aux sourdines, plus menaçantes encore.
Au début du finale, cette atmosphère menaçante subsiste encore. Dans une lente introduction, le premier violon énonce un thème descendant fragmenté, relayé par des échos au violoncelle, au-dessus d’un accompagnement mystérieux. Après cette introduction, le ciel s’éclaircit toutefois soudainement : le premier violon présente un thème insouciant et dansant en sol majeur qui conduit l’œuvre vers une conclusion festive. Pour les auditeurs contemporains, cette insouciance soudaine peut sembler déconcertante ; après l’intensité dramatique des mouvements précédents, ce final paraît presque trivial. Depuis le romantisme, nous nous attendons en effet à ce que l’atmosphère dramatique installée au préalable soit prolongée dans le final avec un pathos équivalent. Mais Mozart et son public ne nourrissaient pas une telle cette attente : dans l’esthétique classique, la simplicité et l’immédiateté de tels finals légers avaient précisément pour fonction de dissiper entièrement toute tension, sans regard rétrospectif.
Johannes Brahms - Quintette à cordes no 1 en fa majeur, op. 88
Johannes Brahms est peut-être le praticien le plus important du quintette à cordes au XIXe siècle. Qu’il se soit tourné vers ce genre ne surprend guère. Dès le début de sa carrière, il manifesta une prédilection particulière pour la musique de chambre dans des formations très diverses : pour le quatuor à cordes classique, certes, mais aussi pour le trio, le quatuor et le quintette avec piano, voire même le sextuor à cordes. Brahms aimait expérimenter différentes formations et a composé, dans chaque genre, plusieurs chefs-d’œuvre.
Il écrivit son Quintette à cordes n° 1 en fa majeur en 1882, lors d’un séjour à Bad Ischl, station thermale autrichienne où il composerait également, huit ans plus tard, son Quintette à cordes n° 2 en sol majeur. Pour ses deux quintettes à cordes, Brahms ajoute un alto au quatuor à cordes, se plaçant ainsi davantage dans la lignée de Mozart que dans celle du Quintette à cordes en do majeur de Schubert avec ses deux violoncelles. Rien n’indique par ailleurs que Brahms se soit explicitement orienté vers Mozart, mais il connaissait et admirait certainement le Quintette à cordes n° 4 en sol mineur ; il possédait même le manuscrit de la Symphonie n° 40 apparentée, dans la même tonalité.
Le premier mouvement s’ouvre sur un thème vif et enjoué qui, grâce aux notes tenues du violoncelle, semble faire discrètement référence à la musique populaire. Après un passage de transition riche en rythmes ludiques, l’alto présente ensuite un second thème romantique en triolets, auxquels il doit une sorte de caractère rythmiquement flottant. Les deux thèmes sont développés dans une section médiane intense et expressive qui conduit à une reprise grandiose du thème principal, dans laquelle Brahms fait rayonner le quintette dans un tutti à la sonorité quasi orchestrale.
Le deuxième mouvement adopte la forme d’une double série de variations : deux thèmes alternent et revêtent à chaque fois une physionomie différente. Brahms emprunta ces thèmes à deux danses d’inspiration baroque qu’il avait composées dans les années 1850. Le premier est une sarabande, danse lente et statique en mode mineur. Le second est une gavotte, danse légère aux rythmes entraînants. En combinant ces deux thèmes, Brahms réunit dans ce seul mouvement les caractéristiques d’un mouvement lent et d’un scherzo, ce qui lui permet ensuite de s’ouvrir directement au final.
Comme la sarabande et la gavotte du mouvement précédent, le final renvoie lui aussi à la musique ancienne. En effet, il débute comme une fugue : après deux accords de l’ensemble du quintette, l’alto expose un thème rapide imité ensuite par les autres instruments. Le mouvement rythmique continu de ce thème, inspiré du perpetuum mobile typiquement baroque, demeure constamment présent et propulse ainsi la musique jusqu’à sa conclusion.