Fury (Lang)

Fritz Lang : Période américaine

La grandeur du cinéma de Fritz Lang vient notamment du fait qu’il dut et sut adapter sa mise en scène aux mutations du langage cinématographique du XXe siècle : du cinéma muet au parlant, du noir et blanc à la couleur. Peut-être aussi de sa capacité à passer d’un système de production à l’autre, élargissant chaque fois ses possibilités. Il avait tourné de grands titres de l’âge d’or du cinéma allemand, avant de s’exiler en France à la montée du nazisme, puis de France aux Etats-Unis où il mit son art au service des grands studios, avant de tourner à nouveau en Allemagne de l’Ouest à la fin des années 1950, entre autres pour un diptyque tourné… en Inde.

L’échantillon proposé ce trimestre au Studio 5 reflète la période américaine. Hollywood a toujours appelé des talents européens, en les formatant parfois exagérément. Virtuose, Lang déjouait certains pièges de l’usine à rêve, préservant sa vision personnelle sans altérer une ligne des scénarios qui lui étaient imposés. Lang faisait parler les angles, les cadres, les éclairages, la mise en place des comédiens et découpait ses prises de manière à empêcher les montages trop mutilants.

S’ils ne relèvent plus de l’expressionisme, ses films américains en retiennent pourtant les leçons. On y reconnaît aussi son goût pour les « retournements » de situation. Ainsi dans Furie, l’un de ses film américains les plus critiques socialement, la victime d’une injuste vindicte assoiffée de lynchage, passe du statut de victime, au désir haineux de vengeance. Dans Les Contrebandiers de Moonfleet, le cinéaste épate par sa capacité à dominer les moyens d’une superproduction et à magnifier d'images sublimes, un récit d’aventures à la Stevenson. La Femme au portrait est lui une plongée psychanalytique, dans l’esprit des protagonistes d’un meurtre passionnel… Le démon s'éveille la nuit et Le secret derrière la porte oscillent entre mélo et série noire, à base de mariages gangrénés.

En collaboration avec CINEMATEK

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